Marie-France Giovannangeli était l'invitée de l'émission Ochjata sur Via Stella. La cofondatrice du Cullettivu a notamment déclaré : "Forcément, nous bousculons, forcément nous remettons en cause une façon de penser. Il y a toujours une partie de la classe politique qui est dans le déni..."
D'ailleurs, nous publierons, ce lundi 3 mai, les questions que posera le Cullettivu à tous les candidats aux élections territoriales.


 

le Samedi 1 Mai 2021 à 07:53 | Commentaires (0)

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La question est depuis longtemps posée en Corse, comme ailleurs.. Comment peut-on laisser à des citoyens tirés au sort et identifiables, l’étouffante responsabilité de juger des membres de redoutables et sanguinaires groupes mafieux ?
Les résultats judiciaires sont là, accablants pour ce système. Or les nouvelles cours criminelles proposées par le Garde des Sceaux, ignoent la réalité mafieuse et n'envisagent pas de magistrats professionnels pour des procès où les accusés encourent la perpétuité. À savoir ces centaines d'assassinats organisés par la voyoucratie dans notre île.
Un membre fondateur de notre collectif, Dominique Bianconi, nous fait part de sa propre expérience de juré. C’était il y a une trentaine d'années. Son récit illustre bien cette fragilité citoyenne face à ces sollicitations "amicales" subies par des infortunés qui n'ont pas gagné un gros lot en étant tirés au sort. Mêmes si beaucoup d'entre-eux tombent subitement malades...


Le Jury de cours d'Assises en question, le témoignage de Dominique Bianconi

J’ai été juré…dans un jury d’assises…Oh ! Il y a 20 ou 30 ans.

Si je le raconte aujourd’hui, c’est que les principaux protagonistes sont morts, et que mon témoignage pourra être « une pièce à verser aux débats » !

Les choses avaient commencé comme toujours dans ce cas-là : un banal tirage au sort sur les listes électorales, et mon nom avait émergé. J’ai ensuite passé le barrage de tous les autres tirages au sort : celui de la commission spéciale, et celui des présidents des tribunaux judiciaires et de la Cour d’Appel.

Puis, il y a eu la formation du jury de jugement. J’ai prié de toutes mes forces : « Pourvu que je sois récusée, par l’avocat de l’accusé, par l’Avocat Général, par qui vous voulez, mais pourvu que je sois récusée ! »

Je n’ai pas été récusée, et je suis rentrée à Calvi un peu sonnée, doublement sonnée devrais-je dire, car la Présidente du Tribunal nous avait adjurés d’accepter cette mission sans essayer de chercher une excuse pour y échapper : en effet, aucun jury n’avait pu être formé pour la précédente session des Assises (les jurés jouant à « scappa scappa »), et l’accusé, qui était mineur au moment des faits, attendait depuis trop longtemps que l’on statue sur son sort.

A Calvi, une invitation à dîner m’attendait, une invitation amicale qui ne pouvait me surprendre ou m’inquiéter. J’ai ainsi appris, ce soir-là, que des informations dites confidentielles, peuvent traverser la Corse à la vitesse de l’éclair : parce que cette invitation amicale, était en fait le prétexte pour m’expliquer pourquoi il fallait que je sois indulgente dans l’affaire que j’aurais à juger.

Ne voyez aucune ironie dans mon propos : ce fut réellement un bon repas, entre amis. Le seul bémol étant que les uns avaient un « service » à demander à l’autre, et quel service !

Je ne connaissais rien à l’affaire et j’étais déstabilisée par la démarche, d’autant que l’on venait de me dévoiler qu’en fait, la famille de l’accusé ne m’était pas inconnue. La demande qui m’était faite était simple, et apparemment anodine : sur les conseils de l’avocat de l’accusé, il fallait que je demande une certaine peine de prison, et que bien entendu, j’essaie de convaincre les autres membres du jury.

Le jour dit, je suis donc arrivée au Palais de Justice, et là, les choses se sont durcies très vite : j’ai croisé dans la cour du Palais, un avocat avec lequel ma famille entretenait des liens d’une vieille amitié. Je l’ai donc salué, et comme il s’étonnait de me voir de si bonne heure en ces murs, je lui ai expliqué très tranquillement les raisons de ma présence. Il a reculé, comme s’il s’était brûlé au contact de ma main, et il m’a dit qu’il fallait que je l’ignore !

Cette première surprise passée, nous sommes rentrés dans le Tribunal, et la première personne entendue a été le gendarme qui avait mené l’enquête, et qui venait faire part de ses conclusions :  et ce gendarme qui avait été en poste à Calvi, et qui avait épousé quelqu’un que je connaissais très bien, s’est gardé de m’accorder le moindre regard.

Voir à deux reprises, des liens sociaux ordinaires, brisés par cette nouvelle situation avait quelque chose de sidérant.

Et le procès a commencé…

Pour que je cède à l’amicale pression, il aurait fallu que l’attitude de l’accusé me permette d’éprouver pour lui, une certaine empathie. Il n’en était rien ! Je n’éprouvais de compassion et de respect que pour les parents et la veuve de la victime, qui restaient d’une grande dignité et qui ne réclamaient pas vengeance, mais la juste sanction des faits qui avaient conduit leur fils et époux, à la mort.

De l’autre côté, s’étaient rassemblés avec une certaine morgue, des représentants de la bonne société bastiaise, dont l’un d’entre eux, exhiba même sa Légion d’Honneur pour expliquer au président que son témoignage ne pouvait être mis en doute.

Tout n’était que peu glorieuse stratégie :

  • D’une part, il fallait, disaient-ils, tenir compte de l’environnement social de l’accusé, et le meurtre dont il était accusé, ne devenait ainsi qu’une « erreur de jeunesse » ;
  • D’autre part, le complice de l’accusé, étant lui-même mort au cours de l’échange de coups de feu, on pouvait lui faire porter le chapeau, sans que cela n’ait d’incidence sur sa situation. Quel cynisme !

Puis vinrent les plaidoiries : du côté de la Défense, les arguments étaient ceux que je viens d’énoncer. Du côté de la Partie Civile, on vit un avocat qui, cherchant chez l’accusé, le moindre signe de regret et de compassion, tentait en vain de l’humaniser.

Le temps des délibérations fut long et pénible. Il fut précédé d’un incident qui ne fit qu’alourdir une ambiance déjà pesante : le Palais de Justice étant en travaux, les délibérations ne pouvaient pas se dérouler dans une salle contigüe à la salle d’audience. Pour rejoindre la salle qui nous était attribuée, nous sortîmes donc de la salle d’audience, encadrés par les gendarmes : une des jurées se mit à pleurer.

Pendant les délibérations, j’avais en tête les arguments que m’avaient servis mes amis - l’amitié, la famille qui connaissait déjà une situation douloureuse, la jeunesse, la fidélité - arguments auxquels je suis sensible. Mais j’avais aussi, présent à l’esprit, ce que je venais de vivre le temps du procès. Dans la discussion avec les membres du jury et les magistrats, j’étais incapable de trouver une once d’excuse à l’accusé. Seule, sa jeunesse me faisait espérer qu’il n’y avait aucun déterminisme, et qu’une rédemption pouvait intervenir.

En fin d’après-midi, le verdict est tombé : il était condamné au maximum de la peine encourue par un mineur, pour un fait de cette importance.

En tenant compte de la longue période de prévention, puis des remises de peine, il aura passé 6 ans en détention. Quelques mois plus tard, il mourra dans une fusillade dont il était la cible.

C’est ma seule expérience de juré, et pourtant cette affaire ne m’a jamais quittée, sa terrible conclusion, ne faisant que rajouter au malaise que j’ai éprouvé, du tirage au sort au verdict. Les pressions furent de tous ordres : amical, mais aussi social et culturel ! Et aujourd’hui encore, je ne peux m’empêcher de penser que si les contraintes avaient été desserrées, la Justice eût été plus sereine, les passions moins exacerbées, et la vie des uns et des autres en eût été changée…A vita Iè !


le Vendredi 23 Avril 2021 à 13:19 | Commentaires (0)

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Sous la plume de Jacques Follorou, des articles fort instructifs sur le contexte mafieux insulaire et ses effets dévastateurs sur des familles, des entrepreneurs et tant de jeunes souvent sacrifiés.
Sûrs de leur fait, enivrés par leur domination sur des pans entiers du secteur économique, encouragés par les silences assourdissants des "Politiques", ils ne redoutent que la réaction citoyenne. Et leur chef l'exprime sans détour.
Nous publions une partie de ce dossier consacré au train de vie. Par contre, par respect pour une mère de famille courageuse, nous nous limiterons à cette publication.
En espérant que le combat que mènent aujourd'hui des milliers de citoyens pour la vie conduira, dans quelques années, à moins de larmes et de sang. Et qu'il y aura aussi une baisse du nombre des victimes, bien sûr, mais aussi de celui des bourreaux.


Moment fort de l'article du monde reposant sur des heures d'écoute de mafieux insulaires :  À entendre Santoni, il n’existait, à ses yeux, qu’un seul vrai risque : la création, à l’automne 2019, en Corse, de deux collectifs antimafia, baptisés A maffia no, a vita iè (« non à la mafia, oui à la vie ») et Massimu Susini, du nom d’un jeune nationaliste tué dans sa paillote. Des initiatives citoyennes qui ne pouvaient pas, dit-il lors d’un enregistrement, rester sans réponse judiciaire. « S’il y avait pas eu de collectifs, ils [les policiers] seraient jamais venus nous chercher. Ils sont obligés de répondre à l’opinion. Quand on crie toute la journée : “La mafia, la mafia, il faut saisir leurs biens, comme en Italie, il faut faire des lois”, ils viennent chez les voyous. [Or], c’est nous les voyous, ça c’est vrai. »

Le lien pour une partie   du reportage du Monde.

 

le Mercredi 31 Mars 2021 à 15:16 | Commentaires (0)

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Nous profitons de l'occasion pour rendre publique notre réponse au président de l'Assemblée de Corse qui nous demandait de réagir sur le compte rendu d'une audition de notre collectif... 13 mois après !


Le débat sur les pressions mafieuses aura  lieu le 8 avril à l'Assemblée de Corse
Monsieur le président,
Monsieur Jean Guy TALAMONI Président de l’Assemblée de Corse
20000 AJACCIO
Nous accusons réception de votre courrier daté du 10 février 2021 et de la synthèse retraçant les éléments de notre audition devant les élus de A Cunfarenza di i Prisidenti le 20 Janvier 2020, il y a donc 13 mois déjà.
Nous n’estimons pas pertinent de faire aujourd’hui des commentaires sur le compte-rendu d’une rencontre qui s’est tenue il y a plus d’un an, après une période qui a vu beaucoup trop de sang et courir de trop nombreux feux incendiant des véhicules de manière inexpliquée, sans pour autant que 2020 soit une année pire que les précédentes dans ce domaine.
Il est dommage et profondément dommageable pour la Corse qu’il en soit ainsi et le silence de la classe politique dans son ensemble ressemble pour nous à un aveu d’impuissance, ou pire encore, à un lascia corre stratégique destiné à éviter d’affronter des questions particulièrement délicates pour une partie de la classe politique corse.
Il est pour nous tout à fait insupportable qu’un an après les auditions et l’annonce faite de l’organisation d’une session extraordinaire de l’Assemblée de Corse consacrée aux phénomènes de dérives et pressions mafieuses, l’on ne connaisse ni la date, ni les modalités du déroulement de cette session.
Malgré notre profonde déception, nous voulons nous montrer cependant confiants, monsieur le Président, dans la détermination que vous-même et monsieur le président de l’Exécutif de la Corse, finirez par monter pour combattre le fléau qui est en passe de devenir mortifère pour la société corse et la Corse.
Dans l’attente, recevez, Monsieur le Président, l’assurance de notre meilleure considération. Bastia le 15 mars 2021
Le Collectif
A MaffiaNo A Vita Ié
Par ce courrier, nous souhaitons enfin réaffirmer ci-après, nos valeurs et nos objectifs, en espérant que vous tiendrez la promesse que vous nous avez faite, de l’annexer au rapport général de la Conférence en complément de votre propre synthèse.
 

Le collectif A MaffiaNo a Vita Ié a été créé pour sensibiliser la population et les autorités locales et nationales à l’emprise mafieuse qui pèse sur la Corse et obère son développement.
Plus de 4000 personnes ont adhéré à notre démarche, et malgré la crise sanitaire nous avons multiplié les initiatives pour nous adresser à la population et la tenir informée de l’évolution de la situation en utilisant l’ensemble des moyens que la technologie offre aujourd’hui.
Nous sommes parvenus, malgré le contexte particulièrement contraignant, à mobiliser l’attention et la réaction de la population.
De la même façon, après qu’une délégation du collectif ait été reçue par le chef de cabinet du président de la république, nous avons noté du côté de l’État une prise de conscience notable qui commence à se traduire sur le terrain.
Nous aurions aimé en dire autant de la classe politique corse. Malheureusement, si l’on excepte le soutien que nous avons recueilli ici et là de la part de quelques-uns des responsables politiques corses, c’est peu dire que son silence est pour nous assourdissant.
Nous attendions sans doute trop de celles et ceux dont la première préoccupation doit être de préparer notre jeunesse à affronter l’avenir dans les meilleures conditions.
Force est de constater que la lutte contre les mafias prédatrices qui gangrènent notre Île, accaparent les secteurs économiques ou les territoires les plus profitables et agissent par la contrainte, la violence et parfois l’assassinat, ne constitue pas une priorité pour nos élus.
Force est de regretter que les partis politiques qui abritent en leur sein un certain nombre de personnalités associées à ceux qui vivent sur le dos de notre peuple et menacent l’avenir de sa jeunesse, n’aient pas fait le ménage que nous espérions dans leurs rangs.
Force est d’observer que les propositions que nous avançons sont combattues avec acharnement par beaucoup de ceux qui devraient les défendre à nos côtés, et que le mot même de mafia est encore tabou pour la plupart d’entre eux.
Nous restons cependant optimistes, parce que le peuple, quant à lui, comprend ce que nous entreprenons, et que ses élus ne peuvent durablement s’en tenir éloignés.

le Jeudi 25 Mars 2021 à 09:20 | Commentaires (0)

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L'orgine criminelle de l'incendie semble probable. C'est d'ailleurs ce que pense le PDG d'une'entreprise qui venait de soumissionner à un important appel d'offre dans le traitement des déchets. Situés à Biguglia, les locaux ont été déjà visés à plusieurs reprises à l'instar d'autres d'engins et bâtiments d'entreprises concurrentes. Le Cullettivu avertit depuis longtemps sur les risques engendrés par cette guerre dans un domaine proie traditionnelle d'intérêts mafieux. Plus que jamais la lutte contre dérive est la priorité des priorité.


Incendie contre les locaux d'AM Environnement : l'escalade
Le responsable de l'entreprise en déclarant "ils veulent mettre la merde en Haute-Corse" désigne, sans ambiguïté une concurrence en Corse du Sud. D'autres intérêts ont également ciblés par de nombreuses attentats ces derniers mois. Face à ces rapports de force belliqueux on peut s'étonner de la faiblesse des investigations régaliennes. La Corse continue à s'enliser dans un bourbier mafieux dont ne pourrons nous extraire que par la parole libérée, la transparence, le respect de l'état de droit.

Voir à ce sujet les précédentes news publiées sur le site

le Mardi 23 Mars 2021 à 07:52 | Commentaires (0)

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