La mafia corse, grande gagnante de la réforme de la police judiciaire ?


Lundi 24 Octobre 2022

Le collectif Maffia nò a Vita iè exprime sa très vive inquiétude devant le projet de réforme de la police judiciaire récemment présenté par le gouvernement.


Rappelons que ce projet prévoit de fusionner la police judiciaire et les autres services de police, afin de les placer sous l’autorité unique d’un directeur départemental, dépendant du préfet.
D’abord, cette autorité donnée au préfet est de nature à remettre en cause l’indépendance de la justice, le préfet pouvant être tenté, si une affaire dérange le pouvoir politique, de ne pas lui affecter les effectifs de police judiciaire et les moyens nécessaires.
Ensuite et surtout, la réforme, dictée par des considérations d’économie budgétaire, aura pour effet inévitable de détourner la police judiciaire de sa vocation première, la lutte contre les crimes et les délits complexes, au profit d’une politique du chiffre qui conduira à affecter une partie des enquêteurs de la PJ au traitement de la petite et moyenne délinquance, en appui des services de sécurité publique, aujourd’hui totalement débordés.
Le gouvernement fait donc le choix, à des fins d’affichage politique, de privilégier la lutte contre la délinquance du quotidien, parce qu’elle est plus visible et préoccupe davantage l’opinion, en dépouillant de leurs moyens les services compétents, entre autres, en matière de criminalité organisée. Les enquêtes contre les bandes mafieuses, qui s’inscrivent dans le temps long et nécessitent de mobiliser des ressources très importantes, en pâtiront nécessairement.
Face au péril mortel que fait peser l’emprise mafieuse sur la société corse, ce projet de réforme aurait donc des effets particulièrement délétères, en renforçant encore davantage l’impunité des bandes criminelles qui sévissent sur notre île.
 Surtout, il va directement à l’encontre des promesses du ministre de l’intérieur Darmanin qui, lors de son déplacement en Corse en juillet dernier, annonçait un renforcement « très important » des moyens de l’État en Corse contre le crime organisé et « le trafic de drogue, extrêmement présent dans l’île ».
Le collectif Maffia nò a Vita iè réaffirme que la lutte contre la criminalité organisée doit constituer la priorité absolue de la politique pénale de l’État en Corse.
 Nous nous opposons donc à toute réforme qui irait à l’encontre de cet impératif et appelons le gouvernement à prendre enfin la mesure d’une situation dramatique qui ne fait que s’aggraver chaque jour en Corse.




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