Inquiétantes révélations du "Monde" sur la mutation de la mafia insulaire...


Mercredi 30 Août 2023

Nous avons laissé passer 48h avant de publier cet article. Aucune réaction depuis alors que cette enquête fournit des informations précises sur la main-mise progressive de mafieux exogènes sur des bandes insulaires en quête de puissance mais de plus en plus dépendantes, y compris pour cibler le président de l'exécutif. Le tout, bien sûr, sous fond de trafic de drogues et d’armes. Et avec des menaces sur des élus et des chefs d'entreprise. Nous publions donc cet article car il est de notre devoir d’alerter les citoyens sur ce péril qui hypothèque lourdement l’avenir de nos enfants…


Nous en avions fait état, et chacun avait pu constater qu’un certain nombre de nouveaux venus dans le paysage du grand banditisme insulaire, en provenance pour l’essentiel de la population originaire du Maghreb, étaient parties prenantes dans nombre de ces bandes.

Dans un article très bien documenté paru le 29 août dans le quotidien Le Monde, Jacques Follorou fait d’intéressantes révélations sur la montée en puissance de ces nouveaux mafieux dans notre Île, leur influence dans le milieu insulaire, leurs réseaux en Corse et sur le continent, et leurs méthodes.

Le moins que l’on puisse dire est que c’est particulièrement inquiétant. Chacun sait comment se préparent, dans le monde du grand banditisme, les guerres de succession, et il ne fait pas de doute que ceux qui étaient utilisés naguère comme hommes de main par le grand banditisme insulaire et qui sont aujourd’hui considéré par les mafieux « nustrali » comme des égaux finiront par réaliser qu’ils pourraient s’imposer à leur tour en nouveaux parrains de la mafia corse.

Le problème c’est qu’en changeant de parrains , les Corses pourraient se réveiller avec une mafia encore plus intégrée aux mafias internationales, mieux approvisionnée en drogues traditionnelles qui nous viennent en particulier du Maroc et en drogues de synthèse, usant des méthodes beaucoup plus radicales et sanguinaires que celles que nous connaissons aujourd’hui, comme c’est le cas en Belgique et aux Pays Bas ou ces nouvelles mafias répandent la terreur au point de menacer le premier ministre néerlandais et la princesse Amalia condamnée de ce fait à rester cloitrée dans son palais !

Il est temps que ceux  qui, à Ajaccio comme à Paris, qui ont choisi de fermer les yeux et de minimiser le danger se réveillent et prennent leurs responsabilités avant qu’il ne soit trop tard. Il faut impérativement de nouveaux moyens, y compris au niveau de la politique pénale, pour stopper l’hémorragie avant qu’il ne soit trop tard.

C’est ce que les collectifs anti mafia s’épuisent à exiger en Corse comme à paris, et si de timides avancées ont été obtenue, singulièrement de la part de l’assemblée de Corse et de son exécutif, cela ne suffira pas si celles et ceux qui font l’opinion ne se mobilisent pas, viennent sans attendre les élections devant leurs concitoyens et décrètent clairement que la lutte contre le système mafieux doit être érigée en priorité."

L'article du "Monde"

Le nouveau visage de la mafia corse

Plusieurs affaires en cours montrent le poids grandissant, selon les enquêteurs, du milieu « maghrébin et gitan » dans l’île, avec un clan qui s’est structuré autour de Propriano. 
Par Jacques Follorou 

Le cinéma ne se nourrit pas que du passé, il prédit parfois l’avenir. C’est le constat de magistrats et policiers spécialisés dans la lutte contre le grand banditisme corse. Plusieurs affaires en cours attestent du poids inédit pris, selon les policiers, par le « milieu maghrébin et gitan » au sein de la mafia insulaire. Une véritable révolution sociologique qui fait de ces anciens supplétifs une force à part entière, devenue essentielle. Un écho, aussi, au film Un prophète de Jacques Audiard, sorti en 2009, qui évoquait, déjà, la perte d’influence des Corses face aux Arabes au sein du banditisme.

Tout débute, en avril 2020, avec un attentat à l’explosif contre le glacier de la Marine, à Propriano, en Corse-du-Sud. Cet établissement, bien placé au cœur de la cité touristique, sera visé par deux autres attaques, en juillet 2020 et en janvier 2021. La piste d’une tentative d’extorsion est privilégiée par les enquêteurs. Un ADN trouvé sur place met en cause un proche d’un personnage encore méconnu de la justice, Yassine Akhazzane, qui n’est pas directement lié aux attentats mais dont la surveillance semble prometteuse.

Les écoutes révèlent, dans un premier temps, sa proximité avec Appien Coti, le gendre de Toussaint Mocchi, entrepreneur local et chef de clan dominant dans la région proprianaise. Pour en savoir plus, les policiers décident, lors de la garde à vue de Coti dans le dossier du glacier, d’implanter un logiciel espion dans son téléphone. Ce choix ouvre la voie à une enquête hors norme qui va permettre de découvrir l’omniprésence de Yassine Akhazzane dans les affaires de Corse-du-Sud. Une dimension qui fait dire, aujourd’hui, aux policiers comme à certains avocats du milieu « qu’il est taillé pour devenir un parrain s’il n’est pas tué ou emprisonné pour des années ».
Deux kilos d’explosif militaire
En décembre 2021, grâce à ce logiciel, la justice découvre un trafic d’armes. Ce n’est pas la première fois que le clan Akhazzane est impliqué dans ce type d’affaire. Fin 2020, l’un des frères Akhazzane, Radii, a été condamné pour sa participation à l’acquisition de deux kilos de Semtex, un explosif militaire, transporté par bateau jusqu’à Propriano. Une quantité suffisante pour faire sauter le ferry : les gendarmes ont même pensé envoyer le GIGN pour intercepter le colis en mer. Cette fois-ci, le trafic porte sur des armes et des munitions, notamment du calibre 12.7 mm qui perce les blindages.

Le matériel vient de Suisse et transite par un fournisseur à Besançon. Le transport se fait par colis postaux, via Marseille, jusqu’au bureau de Propriano. Les policiers piègent un paquet avec une balise pour remonter jusqu’à la cache. Ils ne la trouveront pas mais ils constatent que des armes quittent parfois la Corse pour être revendues sur le continent, notamment à Marseille. Un business florissant qui aurait été géré, en partie, par Yassine Akhazzane… depuis la prison du Pontet (Vaucluse). Ce qu’il niera.

Ce dernier a, en effet, été incarcéré en janvier 2021 dans le cadre d’une tentative d’assassinat. Il était tout juste sorti de prison, début septembre 2020, après une condamnation dans une autre affaire. Pendant ces quelques mois à l’air libre, il a d’abord, selon les enquêteurs, « repris ses activités criminelles (…) se rendant sur le continent pour superviser des opérations de vols de véhicules semblant reliées à un trafic de stupéfiants ». Il se rend souvent à Marseille puis revient à Propriano dans un camp de gens du voyage, à Viggianello, où il vit avec l’une des membres de cette communauté. Les enquêteurs suivent pas à pas les activités de « cette équipe de Propriano fédérée autour de Yassine Akhazzane ».

Les investigations montrent alors qu’il est associé à Louis Carboni et à des membres du grand banditisme de Haute-Corse pour venger l’assassinat de l’un des fils Carboni, nom d’un clan criminel de la région de Cargèse-Sagone. Le 4 janvier 2021, les policiers interpellent Akhazzane dans un véhicule, kalachnikov aux pieds, avec ses complices, prêts à passer à l’acte. Interrogé, le 6 octobre 2021, il a réfuté tout projet criminel.
Des affaires liées au politique
Pendant plusieurs mois, fin 2021, la justice perd le contact avec le réseau Akhazzane. Son sésame pour accéder au cœur de ses affaires criminelles, le logiciel espion caché dans le téléphone d’Appien Coti, ne fonctionne plus. Mais la malchance ne va pas durer. Le 20 février 2022, Coti est interpellé après avoir tiré sur un chien alors qu’il surveille une maison à Propriano. L’affaire reste confuse. Des renseignements parlent d’une dette sur fond de trafic de stupéfiants, mais il est condamné pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « sévices sur animaux ». Une décision dont il a fait appel. Sa garde à vue offre, néanmoins, l’occasion d’implanter un autre logiciel espion dans son nouveau téléphone.

La pêche s’avère là encore miraculeuse. La justice surprend des discussions sur un contrat d’élimination d’un homme originaire de la région de Sartène-Propriano et vivant à Aix-en-Provence, où il tient un petit restaurant. On comprend que la tâche est confiée « au clan de Marignane », une bande en vue de la région marseillaise avec laquelle Akhazzane a des liens étroits. Le montant est fixé à 30 000 euros, comprend-on aussi sur les interceptions auxquelles Le Monde a eu accès. Pour des raisons inconnues, le contrat n’ira pas à son terme et le sujet disparaît des échanges. « Il s’agit d’une pure construction intellectuelle, rien n’atteste de tels soupçons, aucune procédure n’a été ouverte et aucune poursuite ne vise mon client », assure Me Charlotte Cesari, avocate d’Appien Coti.

En 2022, l’ombre d’Akhazzane, toujours en prison, apparaît dans des affaires plus politiques. Ses conversations avec Coti laissent entendre qu’il a ainsi été très actif, à Propriano, pour mobiliser la communauté maghrébine et celle des gens du voyage en faveur du maire actuel. Soutien qu’il ne trouve pas payé de retour : « Je vais lui brûler son manège. » Allusion à celui installé par l’édile sur une place de la ville. Coti tente, avec précaution, de contenir sa colère. « Nous avons déposé une requête en nullité contre ce logiciel espion dont la mise en place pose un grand nombre de problèmes de légalité », affirme Me Cesari.

Fin 2022, le nom de Yassine Akhazzane surgit lors d’événements touchant au plus haut niveau de la vie politique de l’île. En décembre, à Corte, deux restaurants, dans lesquels a investi le fils du président du conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, sont la cible d’incendies criminels. Au cours de la même nuit, à Ajaccio, la concession automobile de Jean-André Miniconi, candidat à l’élection municipale de 2020 et proche de la famille Simeoni, est victime du même type de dégradation.
Nombreux enjeux financiers
Début 2023, M. Simeoni dévoile publiquement l’existence de « menaces » sur sa personne. Le 10 juillet, deux individus sont placés en détention pour l’ensemble des incendies. Parmi eux, Kévin Ornec, le beau-frère d’Akhazzane, confondu, notamment, par des surveillances vidéo. L’enquête, qui parle d’un contrat rémunéré, ne fournit aucun élément sur les commanditaires mais elle s’intéresse au rôle joué par Akhazzane depuis sa prison et ses relations, en détention, avec de gros voyous corses. Pour autant, il n’est pas poursuivi dans l’affaire.

D’après la justice, la concurrence commerciale serait combinée à des mobiles politiques. Les enjeux financiers liés aux décisions prises par M. Simeoni sont nombreux. Ainsi, le sort de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI), dont dépend le prochain renouvellement des concessions aéroportuaires, est entre ses mains. Du futur rattachement de la CCI à la Collectivité territoriale de Corse ou de son entrée dans le système des appels d’offres européen dépendent, notamment, les intérêts occultes de groupes criminels insulaires.

En trois ans, les enquêteurs n’ont pas seulement levé le voile sur l’étendue des activités de Yassine Akhazzane, nouvelle figure du crime organisé corse. Ils ont également noté son statut au sein d’une mafia corse qui affiche à son égard une considération à laquelle le milieu maghrébin et gitan ne pouvait prétendre il y a encore quelques années. Contacté, son conseil, Me Antoine Vinier-Orsetti, n’a pas souhaité répondre aux questions du Monde.
Jacques Follorou



le Mercredi 30 Août 2023 à 10:28 | Lu 15028 fois